Les opposants au Traité de Rome, dit Traité établissant une Constitution pour l’Europe, nous avaient promis un plan B qui prendraient en compte les inquiétudes soulevées par les citoyens. Naïveté de cette alliance de la carpe et du lapin (c’est à dire des anticapitalistes et des antieuropéens) de nous faire croire qu’on allait pouvoir revenir sur un texte adopté par 16 pays, soit près des deux tiers de l’Union Européenne. Mais certains y ont cru.
Le salut est venu à Lisbonne, un plan B élaboré après un lourd consensus arraché par les dirigeants européens notamment au diptyque Kaczyński. Un traité reprenant grosso modo la Constitution Européenne moins en particulier les symboles européens que personne n’ignore néanmoins. C’était peut-être davantage un plan A’ qu’un plan B, mais peu importe. Voilà que le seul pays européen, l’Irlande, forcé par sa Constitution de le faire adopter par référendum dit non.
Mais non à quoi ? A ce traité ? A l’Europe, dont il a bénéficié suite à son intégration ? Ou bien un non au gouvernement qui vient tout juste de changer de tête après que son ancien Premier Ministre, Bertie Ahern, sur des soupçons de corruption ? Un non à un traité certes abscons mais que l’on n’a pas non plus fait l’effort de comprendre – qu’on ne me fasse pas croire que les journaux irlandais n’ont pas essayé de faire preuve d’un peu de pédagogie en expliquant les tenants et aboutissants de ce traité ! Un non à l’inéluctabilité de la situation économique irlandaise qui n’est plus aussi florissante qu’elle a pu être et qui nourrie l’inquiétude du peuple de la verte Erin ? Un non à tous les fantasmes qui sont venus pourrir un débat citoyen sur l’avenir de l’Europe et qui n’avait rien à voir avec ce traité ?
Quoiqu’il en soit, à 53,4 %, « la réponse est non, non, non… Quelle était la question ? » Les Irlandais ont montré que l’Europe n’a jamais été aussi éloignée du peuple, qu’elle ne parvient plus à convaincre qu’elle est un bouclier contre les aléas de la situation internationale. Mais cela ne m’empêche tout de même pas de croire que les raisons du non étaient aussi hors de propos. Le référendum est vraiment un exercice dévoyé, et la démocratie le pire des régimes à l’exception de tous les autres. J’étais désabusé au soir du 29 mai 2005, la première fois que je votais. Je le suis tout autant ici.
Que faire ? Que va-t-on dire aux dix-huit pays qui ont déjà ratifié ce traité de Lisbonne ? On arrête tout et on recommence une nouvelle fois ? On cherche un plan A », B ou C ? On passe outre, on fait voter les pays restants pour faire pression sur l’Irlande, 26 contre 1 – c’est mon avis – ? Peut-être aussi que les Irlandais vont devoir prendre les conséquences de leur vote et se mettre en retrait.
J’en discutais avec Moqueur Poli, qui semblait se satisfaire d’un tel résultat. Il n’a pas tort : plutôt que de parler de l’Europe institutionnelle, il faudrait parler de l’Europe des projets là où il est possible de s’entendre. Mais est-il possible de trouver un consensus à 27 qui ne soit pas qu’un socle basique et insignifiant qui ne permette pas d’avancer concrètement ? Un cadre qui obligerait les Etats-membres à mettre de côte leurs égoïsmes respectifs afin d’avancer dans le même sens, même s’ils ne sont pas d’accord dans un premier temps ? Ne pas avoir de cadre, n’est-ce pas le risque d’avoir une Europe à la carte, égoïste, nationaliste, où chacun choisirait de participer à ce qui l’arrange, une Europe où l’on s’investirait et protégerait nos avantages, et où l’on ne ferait pas de concession envers nos voisins ?
Il est tout à fait possible d’avoir ce cadre pour prendre des décisions à la majorité, d’ailleurs avec recul, on peut se demander si vouloir l’inscrire dans une Constitution, simplifiée ou non, est vraiment pertinent. Tout cela ne sera en définitive d’aucune utilité si l’on ne prend pas une décision immédiate : celle de mieux faire connaître l’Europe, son rôle. Et vite.